Calmoutier




Un petit tour à Calmoutier...


      Continuons le tour de nos sympathique villages avec Calmoutier. Le village de Calmoutier est l'un des villages les plus excentrés du canton de Noroy-le-Bourg, mais il mérite le détour tant par le paysage environnant que par l'histoire qui a marqué les lieux. Tout en nous promenant, essayons de retrouver quelques traces de son passé pour comprendre son implantation.
     Un cadre pittoresque pour une situation privilégiée depuis longtemps.
     Le village est implanté au fond d'une vallée alluviale en V qui prend naissance au nord du finage et sur ses premières pentes abruptes et boisées. Cette vallée qui s'oriente vers le sud jusqu'à Calmoutier puis vers l'ouest dans la direction de Vesoul, se resserre en entonnoir avant le village. Une petite rivière agitée et sinueuse coule au fond de la vallée: la Colombine. Elle alimente toute une ribambelle de moulins. Les berges, au nord du village, vers Colombotte, remontent en pentes douces et sont couvertes de prairies verdoyantes propices à l'élevage. Calmoutier est situé à proximité d'un axe routier majeur, la Nationale 19. Cette route relie Paris à la Suisse, via Belfort. Elle emprunte certains tronçons de l'ancienne voie romaine qui allait de Vesoul à Lure par Lièvans et Mollans. Des traces sont encore visibles après Calmoutier du côté de la ferme de Maison Rouge (1*). Au XIX° siècle, elle traversait le village de part en part faisant le bonheur du commerce local. On compte en effet un relais de poste aux chevaux, l'un des seuls entre Vesoul et Lure, dont l'accès demeurait néanmoins difficile l'hiver et par fortes pluies. Une nouvelle route creusée dans un éperon rocheux calcaire si caractéristique de noptre coin, contourne désormais le village par le sud afin de s'adapter au trafic incessant des voitures et des camions. On parle dans un futur proche ,espérons le, de sa réfection en voie express!

Géologie et richesse du sous-sol.


     Les résurgences, les pertes et les failles parsèment le sol et le sous-sol calcaire de Calmoutier. La Colombine a creusé son lit dans ce pays de plateaux de moyenne altitude ( de 250 à 300 mètres). Le sous-sol gorgé d'eau par de fortes pluies alimente en de multiples endroits la rivière qui peut alors enfler et devenir dangereuse pour le bas du village. On peut noter la présence de carrières de pierres de tailles et de laves assez anciennes. C'était important pour le village car elles fournissaient les matériaux nécessaires à la construction des bâtiments et des ponts . Les laves, ces pierres plates et peu épaisses sont utilisées dès la fin du Moyen Age pour couvrir les toits des bâtiments les cossus. Signalons également l'implantation d'un gisement de minerais de fer au nord ouest qui était exploité au XVIII° et XIX° siècle pour la forge de Magny-Vernois. Il appartenait à la famille de Lavier, seigneur laïcs du lieu qui en demande l'exploitation à la communauté. La mine fut abandonnée en 1865.

Un peu d'histoire.

     Les origines de Calmoutier sont encore obscures. Il semble bien que le nom de la rivière apparaisse dans le toponyme; en 1049 apparaît Colomonasterium mais aussi, dans une sentence de 1164 de l'archevêque Herbert la mention de "Willelmus de Columba monasterio", traduit Guillaume de Calmoutier. Le premier élément du nom vient certainement de la Colombine, à l'origine, Colombe, Colombette, traversant le village de Calmoutier. Il s'agit de la première appellation de la rivière. Le nom donné à cette rivière, puis au village a peut-être une origine religieuse gauloise: il s'agirait de Sainte-Colombe, divinité particulièrement vénérée en Gaules. On peut attester cette hypothèse avec le petit village de Colombotte, traversé également par la Colombine. Tous ces toponymes sont issus de la même famille. Le deuxième terme "monasterio" pourrait faire référence à un monastère. Au cours des siècles, l'évolution de la langue a rapproché les deux termes en un seul. "Calemoutier" apparaît en 1317 et enfin Calmoutier en 1466. Mais le débat toponymique reste ouvert pour tous ceux s'intéressant à cette question.      Nul doute, cependant, que le village est intimement lié à l'histoire ecclésiastique. Mais il est difficile de préciser l'origine d'une abbaye à Calmoutier. L'insigne chapitre de Calmoutier (2*) a néanmoins énormément d'influence. Il serait composé d'une communauté de prêtres ou de chanoines qui exercent aussi dans les villages voisins et ont le patronage des églises (3*). Son origine pourrait remonter avant l'an mil. Le chapitre avec son doyen et ses huit chanoines possèdent la totale justice, haute, moyenne et basse sur tous les sujets à Calmoutier. En 1629-1630, trois personnes, Claudine Richardey, Nicolas Coillaboz et Claudine Nicolas, condamnés à mort par le juge du chapitre ont été roués, brûlés et leurs cendres éparpillées au vent (4*) A cette exécution ont assisté le maire, les sergents et tous les rétrahans en armes, sujets du seigneur haut justicier de la terre où avait lieu l'exécution des condamnés. Le sabbat de ces sorciers avait effectivement lieu sur le territoire de Calmoutier aux lieu-dits, Planches-Voillards et en la Combe au Charme. Le chapitre exerce ainsi l'inquisition au sein du village. Lors de la guerre de dix ans (1636-1646), il fuit en totalité un village dévasté par les pillages des troupes stationnées dans la vallée de la Colombine entre Vesoul et Calmoutier, pour se réfugier à Vesoul. Un acte d'union avec le prieuré du Marteroy est alors signé, le dix février 1651, par Philippe IV d'Espagne, l'archevêque Claude d' Achey, le prieur du Marteroy et le chapitre de Calmoutier, pour la translation du chapitre à Vesoul. Celui-ci donne comme prétexte le fait que les ecclésiastiques " [...]étoient beaucoup relâchés de la ferveur de leur institution et des offices divins [...] les chanoines seroient mieux retenus à Vesoul [...]"(5*) Quittant définitivement Calmoutier le 8 août 1651, le chapitre y conserva tous ses droits de seigneur principal comme la totale justice avec le droit de nommer le juge, le procureur et le greffier. De plus il conserva le droit de percevoir les banalités, le droit de pêche ou encore celui de nommer des sergents dans la communauté. Au sud du village, à proximité de l' église paroissial, subsistent encore les traces des maisons des chanoines venant en visite à Calmoutier. Le juge du chapitre rendait la justice sur la place publique au devant de la maison du doyen.
     Si les chanoines dominent la communauté de Calmoutier l'archevêque de Besançon y a également des possessions. A partir de 1314, Pizard nous signale que ces possessions ont été soumises à la juridiction dont le siège se trouvait à Noroy. Mais les officiers de justice se déplaçait jusqu'à Calmoutier pour y traiter les affaires. Le juge de l'archevêque siégeait à Calmoutier sur un lieu indéterminé. Les possessions de l'archevêque sont importantes comme l'indique le registre des inventaires des possessions de 1623, renouvelé en 1697. L'archevêque avait l'autorité sur ses biens et ses sujets, le chapitre n'était que son vassal pour quelques possessions spécifiques telles que le moulin de Chantereine sur la Colombine.
     Le village tombe également sous le joug d'une seigneurie laïque: la maison de Calmoutier, vassal de celle de Montaigu. Au XVI° siècle, les Sonnet et les Mathay étaient coseigneurs de Calmoutier et le 6 mars 1678, François de Lavier acquiert la totalité de la seigneurie. Il se nomme alors seigneur de Calmoutier; mais en 1723, les chanoines lui intentent un procès pour avoir pris ce titre indûment. Peu avant la Révolution, les habitants des seigneuries du chapitre et de Lavier sont affranchies de la mainmorte mais l'archevêque refuse. Cette mainmorte existe encore en 1789.
     On voit alors que la communauté est dominée par trois seigneurs différents. Cette situation complexe et lourde pour le village est dénoncée dans les nombreux articles du cahier de doléances (6*) du 15 mars 1789 dans lesquels les habitants se plaignent avec beaucoup d'ardeur de leur triple domination féodale. Au printemps 1790, la communauté élit son premier conseil municipal.

Le patrimoine du village


     Calmoutier possède un patrimoine architectural intéressant mais très éparse. L'église sous le titre de la nativité de Notre Dame est l'ancienne collégiale du chapitre de Calmoutier, elle est située dans le prolongement de l'ancienne église paroissiale Saint-Martin. Cette dernière, antérieur au XI° siècle, fut détruite en 1637. Seule une absidiole circulaire, est adossée à mis-corps, contre l'église actuelle. L'édifice voit se recouper plusieurs époques. La façade date du XV° siècle et cohabite avec une nef datant de 1698 dont certaines arcades reposent sur des pilastres du XI ou XII° siècle. Plusieurs éléments du mobilier datent néanmoins du XVIII° siècle. On peut signaler dans le bas-côté nord une porte datée de 1750 et qui faisait communiquer les deux églises ainsi que le clocher à toit bulbeux avec une cloche de 1764 une autre de 1834. On peut également évoquer les restes d'un couvent au sud du village ainsi que des maisons datant du XVI° XVII° et XVIII° siècle.
     Le promeneur jettera un œil sur le très joli petit pont en dos d'âne à trois arcades (dit "de la corne rouge") qui supporte la route menant à Colombotte et Saulx. Remontant vers l'église et sur l'ouest on peut indiquer les restes d'un beau lavoir du XIX° siècle. Enfin, sur la butte au nord ouest, une petite chapelle néogothique a été érigée suite à l'épidémie de choléra du XIX siècle.
     Calmoutier mérite vraiment le coup d'œil ne serait-ce que pour regarder les édifices et s'imprégner de son histoire.
LAURENT, Johan
Notes explicatives:
(1*) Voir la carte IGN, au 1/ 25000 de Vesoul.
(2*)Le chapitre est une assemblée tenue par des religieux, (définition du Petit Larousse).
(3*)Il s’agit de Calmoutier, Dampvalley, Saulx, Genevrey, Baulay, Moffans, Dambenois, Gouhenans, Mollans, Montcey, Colombe, Saint-Valbert, Saint-Julien et Claire-Goutte.
(4*)PIZARD, C.-J., op., cit., 1888, t. I, p158.
(5*)Acte d’union définitif du 7 juillet 1656, provenant des bulles du pape Alexandre VI; les bulles furent fulminées en 1661.
(6*) Archives départementales de la Haute-Saône, série B 4213, archives des plaintes, remontrances et doléances que les habitants de la communauté de Calmoutier présentent à l’assemblée générale du Bailliage de Vesoul, le 30 mars 1789.
Sources et bibliographies:
     -Source générale:
- Dictionnaire des communes de la Haute - Saône édité par la Salsa in t. II, article sur « Calmoutier »
.      -Ouvrages locaux:
- FRANCOIS, M. & RENET, C., La Haute - Saône, Mémoire en image, Alan Sutton, (2005), 190p.
- RENET, (Christian) , Les cantons de Saulx et Noroy-le-Bourg, Mémoire en images, Alan Sutton, (2002), 127p.
-PIZARD, C.-J., (ancien avocat , ancien bâtonnier, etc) , Documents inédits et notes historiques sur Noroy le Bourg, Saint-Igny et Calmoutier (en partie), (Haute Saône) , Tome I et II , imprimeur Cival, Vesoul, (1888).
     - pour la topographie des lieux: Carte IGN, de Vesoul, 1:25000 série bleue. Site internet « Géoportail ».
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