MONTJUSTIN ET VELOTTE



Des fouilles à Montjustin...


        Je vous propose de faire un petit tour du côté de Montjustin et en particulier autour des fouilles menées à la fin des années 50 sur le site du sanctuaire gallo-romain de ce village. S’il regorge de richesses de l’époque médiévale et moderne, l’occupation du lieu remonte à l’époque romaine voire gauloise. Nous reprenons ici les informations délivrées par M. Jacques BRINGOUT de Villers-le-Sec que nous remercions d’avance pour son aimable collaboration à la recherche de notre histoire locale. Il a fournit énormément de détails sur ces fouilles ainsi que d’excellents documents iconographiques.

La découverte

         Le 18 août 1955, Louis Bouton (1*), habitant de Montjustin découvrait sur une taupinière au lieu-dit « les Fenis » au nord du village, dans la plaine, à gauche de la route partant sur Mollans, une pièce de monnaie en bronze de la colonie de Nîmes. Il trouva une vingtaine d’autres pièces tout autour de la taupinière. Ce n’était pas tout à fait un hasard car en ce lieu le « Père Bouton » comme il était appelé familièrement , figure originale du village, célibataire, autodidacte, ayant le goût des antiquités avait repéré à cet endroit des fragments de tuileaux arrachés au sol lors des saisons de labour.
        En mai 1956, les recherches officielles commencent avec l’autorisation du propriétaire du champ, sous la direction du professeur Lucien Lerat de Besançon, avec l’aide de M. André Thevenin. Mais de nombreux amateurs avaient auparavant investi les lieux, menant des fouilles sauvages.

Les fouilles

        Les travaux font apparaître une première construction centrale de forme carré (2*). Les murs de 80 cm. d’épaisseur sont formés de couches de petits moellons encore visibles jusqu’à une profondeur de 30 à 40 cm.; la partie supérieure ayant été petit à petit détruite du fait entre autre de la surface de labour toute proche. Une deuxième construction extérieure, sensiblement carrée, au mur de 60 cm d’épaisseur apparaît à 2,85 m de la première.
        Parmi, les objets découverts dans la partie centrale, il faut mentionner une sculpture gauloise de petites dimensions qui représente un bœuf grossièrement taillé en pierre tendre du pays. Si l’on distingue le départ de deux cornes brisées, il ne possède pas la corne centrale caractéristique du Dieu Taureau gaulois. Actuellement au musée de Vesoul, une copie en plâtre a été réalisée pour la mairie de Montjustin. Ont été mis à jour également trois clochettes de bronze, une boîte à sceau ronde, des fibules et une petite cuillère incomplète en os. Les fouilles ont révélé beaucoup de céramiques (3*), des fragments d’assiettes, de cruches, de jattes, d’écuelles profondes à bord rentrants aussi 200 pièces de monnaie (4*) en bronze et quelques unes en argent gauloises et surtout romaines de l’époque d’Auguste et de Tibère.



La datation et le caractère du site


        Les différentes découvertes permettent de dater le site entre le premier siècle avant Jésus Christ et le deuxième siècle après Jésus Christ, époque à laquelle il tombe en désuétude. Mais c’est sous le règne des deux empereurs cités que le temple a été le plus fréquenté. Il est en effet situé sur un axe de circulation important: la voie romaine entre Rioz et Lure.
        Son caractère religieux ne fait aucun doute. Les fouilles ont révélé que les pièces étaient étalées sur toute la surface du sol, plus importante vers le centre du carré, ce qui évoque le rite connu depuis l’Antiquité et encore de nos jours, qui consiste à jeter des pièces dans une source, une fontaine ou un bassin (stipis jactatio). Un certain nombre d’entre elles ont la tranche martelée, aplatie; était-ce pour montrer qu’elles étaient retirées de la circulation et devenues propriété divine? Une petite source qui coule en contre-bas à 30 m. des ruines pouvait aisément alimenter un bassin dans le temple.
         Les recherches entreprises entre les deux enceintes carrées aboutissent à la découverte de quelques tombes mérovingiennes. Les squelettes retrouvés sont entourés de pierres ordinaires qui délimitent chaque sépulture. Des plaques de ceinturon gravées en creux (5*) qui permettent la datation laissent supposer qu’il s’agit de soldats.
        Le sanctuaire semble avoir été réutilisé au VII ème et VIII ème siècle après l’abandon des romains. Les fouilles finirent en automne 1958, le champ fut rendu à son propriétaire et le site retrouva son calme après nous avoir offert une belle leçon d’histoire comme nous le dit M. Jacques Bringout.


LAURENT, Johan

1/ Notes explicatives:
     (1*) Louis Bouton, en 1959 participe également aux fouilles menées au vieux château médiéval. Il a découvert 2 caves anciennes, une grande quantité d’os humains et même un squelette. Mais ceci est une autre histoire...!
     (2*) C’est un carré de 6,60 m. sur 6,30 m, voir le plan du site.
     (3*) Voir la photographie A dans les documents iconographiques.
     (4*) Il s'agit de la photographie B: recto verso d’une pièce de monnaie en bronze sur laquelle on peut lire « Agrippa ». Ce dernier, général et homme politique romain met en place en Gaule les premières voies romaines centrées sur Lyon au premier siècle avant J.-C.
     (5*) Voir la photographie C.
2/ Sources et bibliographie: (utilisées par M. Jacques BRINGOUT)
     « Le sanctuaire gallo-romain de Montjustin » par M. le professeur Lerat, 1958.
     « Les cimetières mérovingiens de Haute-Saône », communication de M. André Thevenin, 1967. (A la Salsa, 1 rue des Ursulines, 70000, Vesoul.)
3/ Le plan du site:
4/ Documents iconographiques
     A/ Les objets découverts: un boeuf gaulois, une tuile romaine, des pièces de monnaie et des fragments de poterie
     B/ Pièce de monnaie "Agrippie".
     C/ Boucle de ceinturon.
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